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(Re)-Découvrir le touage sur le canal de Saint Quentin

Sur le canal de Saint Quentin, un toueur électrique de 1924 est toujours en fonctionnement pour le remorquage de quelques bateaux dans le tunnel de Riqueval. Un musée du touage est installé à proximité pour faire (re)-découvrir cette activité et accueille actuellement une exposition temporaire sur « les métiers de la voie d’eau au cours du temps ». Reportage.
Sur le canal de Saint Quentin, dans le département de l’Aisne (région Hauts-de-France), plus précisément, dans le pays du Vermandois, se trouve « une curiosité unique en France » ou plutôt plusieurs ! Et en rapport avec le fluvial et la voie d’eau… Un toueur électrique de 1924 est toujours en fonctionnement, le dernier en France voire peut-être au monde, pour le remorquage (ou touage) de quelques bateaux dans le tunnel de Riqueval, « le plus long tunnel de France encore en activité » avec 5670 mètres, l’un des ouvrages emblématiques du canal de Saint Quentin, inauguré en 1810 par l’empereur Napoléon et l’impératrice Marie-Louise. Initiée un peu avant le milieu du 18ème siècle, la réalisation du canal de Saint Quentin a connu bien des péripéties, avec notamment des changements au gré des ingénieurs successifs, des coups d’arrêt en raison de coûts trop élevés, de complexité technique pour l’époque… Pour finir, en 1801, Napoléon relance la construction du tronçon manquant, faisant le choix du percement de deux souterrains, l’un à Riqueval (entre Bellenglise et Vendhuile), l’autre au Tronquoy (1098 m, entre Lesdins et Lehaucourt). Le canal de Saint Quentin relie la Somme à l’Escaut (dont les sources sont à proximité de Riqueval), à l’Oise en 92 km et 35 écluses. Il a été adapté au gabarit Freycinet au 19ème siècle. Il a connu un trafic (charbon et céréales) élevé jusqu’en 1966, date de mise en service du canal du Nord qui est parallèle et plus rapide en termes de navigation.

La plaisance l’emporte sur le fret

« Quand le trafic était important, les toueurs remorquaient entre 20 et 40 bateaux par le souterrain de Riqueval, aujourd’hui, c’est 2 ou 3, parfois aucun. Il y a un passage par jour dans un sens et un dans l’autre, le toueur revenant s’amarrer à sa gare principale. Cela peut aussi être à la demande auprès de la subdivision de VNF de Saint Quentin », expliquent Valérie Bouré, directrice de l'office du tourisme du pays du Vermandois, et George Decobert, guide du musée du touage. C’est l’établissement Voies navigables de France (VNF) qui a en effet la charge de la gestion du canal, du passage par le souterrain de Riqueval du lundi au samedi, du toueur à bord duquel deux agents sont présents pour le faire fonctionner. Le nombre de bateaux était compris entre 700 et 800 en 2019, se répartissant en part à peu près égale entre plaisance (touristes d’Europe du Nord) et fret (péniches Freycinet, soit à vide pour aller charger à Chauny ou Saint Quentin, soit chargé de céréales). « Avec la restriction du nombre de passage à un par jour, ce n’est plus pertinent pour les artisans-bateliers, ils perdent trop de temps avec l’attente. Et le passage par le tunnel dure 2 heures. Pourtant, la liaison est intéressante notamment pour rejoindre l’Est de la France, par exemple Reims. C’est de plus en plus un canal à vocation touristique. Et il y a un potentiel encore à développer », ajoutent le guide et la directrice. Depuis 2020, le passage du tunnel de Riqueval est devenu gratuit. Auparavant, il y avait un droit à régler, calculé en fonction du poids du bateau (de fret) ou de la longueur (plaisance, plus ou moins 12 mètres). « Le toueur utilisé actuellement, construit en 1924, est vraiment dans un triste état. Les pièces de rechange ne sont plus disponibles. Toute panne ou tout besoin de réparation nécessitent la réalisation de pièces sur-mesure. Sachant qu’il y en a un autre, dit de secours, plus ancien encore, il date de 1918 et est actuellement en maintenance », poursuivent la directrice et le guide. VNF envisage de faire évoluer le passage du tunnel de Riqueval en cessant d’utiliser le touage qui serait remplacé par une circulation alternée des bateaux qui utiliseraient leur moteur. La circulation libre et alternée a d’ailleurs été mise en place au milieu des années 1980 pour l’autre tunnel (du Tronquoy) mais dont la distance est beaucoup plus courte. Pour le tunnel du Riqueval, cette solution nécessite de relever plusieurs défis. « VNF a installé des capteurs pour vérifier si cette solution est faisable car la ventilation dans le tunnel repose sur 9 cheminées d’époque », disent la directrice et le guide. Il s’agit de déterminer si le système existant depuis toujours dans ce tunnel est suffisant pour évacuer toutes les fumées et autres émissions des moteurs d’aujourd’hui et permettre un passage en toute sécurité et sans asphyxie des personnes à bord. Il y a aussi une interrogation sur le tirant d’air avec les câbles électriques en hauteur nécessaires pour le passage du toueur, ou encore la question de la lumière dans le tunnel qui ne s’éclaire que lors du fonctionnement du toueur… Par un système de cabestan alimenté à l’électricité, le toueur avance sur une chaîne reposant sur le fond et qui est fixée des deux côtés à l’extérieur du tunnel. Les bateaux sont attachés au toueur et remorqués par lui. A l’époque où les bateaux étaient nombreux à être remorqué, « le temps du passage était un moment de fête pour les artisans-bateliers, raconte le guide. Ils se réunissaient sur l’un des bateaux pour être ensemble. Nous avons des témoignages sur ces moments qui restent très vivants dans les mémoires ». Si VNF étudie la possibilité de mettre fin au touage pour le passage du tunnel de Riqueval, l’établissement prévoit toutefois de conserver les deux toueurs électriques dans la perspective d’éventuels trafics sur le canal de Saint Quentin, doublure du canal du Nord, pendant la durée des travaux du futur canal Seine-Nord Europe.

Un musée dans un toueur

Un troisième toueur existe toujours aujourd’hui, l’Ampère 1 de 1910, mais il est à terre depuis le milieu des années 1990, racheté 1 franc symbolique par la CCI du pays du Vermandois à VNF qui voulait l’envoyer au déchirage suite à une panne mécanique en 1985 après 75 ans de navigation. Un autre a été détruit dans les années 1990. « Nous avons fait sortir de l’eau Ampère 1 en 1994 à Vendhuile par une grue de 250 tonnes. Nous craignions qu’il ne résiste pas mais tout s’est bien passé. Il a été restauré, transformé et il abrite le musée du touage », se souvient la directrice. Transformé en musée, l’Ampère 1 présente la géographie et l’histoire de la construction du canal de Saint Quentin depuis 1728, l’évolution des différentes techniques de traction des bateaux (halage par les hommes, les chevaux, « rougaillou » c’est-à-dire un système de remorquage par des chevaux imaginé à partir des manèges à carrousel, remorquage à vapeur puis électrique, locotracteur…). La vie à bord est évoquée avec des objets et équipements nécessaires à la navigation ou à la plongée (scaphandre). Dans la salle des machines, deux moteurs principaux Jeumont, des engrenages à chevron d’une certaine marque automobile, une salle réservée pour les batteries… Ampère 1 a été fabriqué à Argenteuil, en 1910, chez Claparède et frères, indique la plaque. Actuellement, le musée du touage propose une exposition temporaire sur « les métiers de la voie d’eau au cours du temps » : marinier, son épouse et leurs enfants, éclusier, chantier-naval… « Nous avons imaginé l’histoire d’une famille sur plusieurs générations pour rendre l’exposition plus vivante et plus parlante pour tous les visiteurs, y compris les enfants pour lesquels nous avons réalisé un livret-jeux. L’exposition compte 20 panneaux et elle est conçue pour être itinérante », explique le guide Georges Decobert. Le musée du touage aborde également les combats autour des ouvrages d’art du canal de Saint Quentin, devenus des éléments stratégiques lors de la première guerre mondiale de 1914-1918. Pendant ce conflit, les Allemands avaient, par exemple, condamné le tunnel de Riqueval dans le cadre d’une organisation défensive (ligne Hindenburg). L’Aisne constitue un département marqué par cette guerre, avec des combats peut-être moins connus que ceux ayant eu lieu, par exemple, dans la Somme ou les Ardennes voisines. Dans le pays du Vermandois, des stèles, cimetières et mémoriaux de nombreuses nations commémorent les soldats morts pendant cette « Grande Guerre ».

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