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VNF Nord-Pas-de-Calais prépare Seine-Escaut

La direction territoriale de VNF Nord-Pas-de-Calais souligne la performance du bassin avec des bons résultats en 2021 et détaille les travaux en cours et à venir sur le réseau dans la perspective de la mise en place de la liaison Seine-Escaut à la fin de la décennie. Un article extrait du dossier spécial « axe Nord » du magazine juillet-août-septembre 2022 de NPI.
Le bassin du Nord-Pas-de-Calais est « performant, dense, connecté au réseau fluvial nord-européen », rappelle Marie-Céline Masson, directrice territoriale de Voies navigables de France (VNF). Le réseau du Nord-Pas-de-Calais, situé dans ces deux départements de la région Hauts-de-France, se compose de 680 km de voies navigables, dont près de 250 km de voies à grand gabarit, com- prend 90 écluses, plus de 100 ouvrages de régulation des niveaux d’eau et 2000 hectares de domaine public fluvial. Certaines des voies navigables présentes dans ce bassin (canal du Nord, de Saint- Quentin, Sambre à Oise) se poursuivent aussi sur le territoire géré par la direction territoriale (DT) de VNF bassin de la Seine et Loire aval.

Un trafic en essor en 2021

La performance du bassin du Nord-Pas- de-Calais se traduit d’abord en termes de trafic avec plus de 10 millions de tonnes transportées (+12,3 % par rapport à 2020) et plus de 915 millions de tonnes-kilomètres (t-km, +7,1 %) en 2021. Les échanges avec les pays frontaliers progressent (+13 % en tonnes et +18 % concernant les seules exportations). Un tel niveau de trafic sur ce bassin n’avait plus été enregistré depuis le début des années 2000 et est supérieur à celui d’avant la crise Covid. Il dépasse aussi les tendances nationales du transport fluvial, elles-mêmes positives avec 52,5 millions de tonnes transportées (+3,1 %) en 2021 (+4 % en t-km). Les résultats du bassin Nord-Pas-de- Calais sont portés par le dynamisme de la filière des matériaux de construction (+21,7 % en t-km) avec l’augmentation de flux de terres de déblai/remblai vers la Seine et le Nord-Est. La filière chimique (+43,1 % en t-km) est soutenue par les travaux de dragage de VNF, sur la Deûle, le canal de Condé- Pommeroeul, la Lys ou la Sambre, mais aussi par le transport d’acide vers et à destination d’usines du territoire. La filière agricole est globalement stable (+0,8 % en tonnage, -2,4 % en t-km) dans un contexte de récoltes 2020 et 2021 inférieures de 20 % aux moyennes décennales, « ce qui illustre donc un net gain de parts de marché du mode fluvial pour le transport de ces marchandises ». Il faut noter que plus de la moitié du trafic fluvial dans le bassin est assurée pour le compte de ces deux filières, les produits agricoles représentant 36 % des trafics les matériaux de construction 19 %. La filière métallurgie se porte bien (+1,4 Mt +5 % et +3 % en t-km), grâce à la progression des trafics de ferrailles et de tôles/brames à destination de l’industrie lourde. Parmi les baisses, il y a les conteneurs et colis lourds (-1,8 % en tonnes) avec toutefois des trajets de longueur accrue qui permettent d’enregistrer une hausse en tonnes kilométriques (+10,7 %). La conjoncture mondiale (congestion de matières premières, flux commerciaux internationaux) n’a pas aidé cette filière. La filière énergétique affiche un fort repli (environ -22 % en tonnage et en t-km) avec une chute des combustibles minéraux en lien avec la diminution des flux de charbon et de coke de houille, notamment au départ de Dunkerque pour Mondelange, ainsi que par la diminution des flux de produits pétroliers de Petite-Synthe vers Dunkerque.

Des investissements d’ampleur

Le contrat d’objectifs et de performance signé entre l’Etat et VNF au niveau national en avril 2021 se décline dans chaque DT. « Une enveloppe record de près de 60 millions d’euros, dont 6 millions au titre du plan de relance, est consacrée en 2022 à l’entretien, à la modernisation et au développement des infrastructures » sur le bassin du Nord-Pas-de-Calais. Ce montant était de près de 29 millions d’euros en 2020 et de 58 millions d’euros en 2021. Pour Marie-Céline Masson : « Ces investissements soutenus illustrent la volonté de VNF d’accompagner la forte dynamique du transport fluvial dans notre région. Le projet Seine-Escaut, qui permettra de remettre en navigation, de moderniser et d’accroître les dimensions de près de 1 100 km de voies navigables entre le bassin de la Seine et les ports de Dunkerque et d’Europe du Nord, en est l’axe principal ». Ces investissements d’ampleur et sans précédent sont rendus possible grâce à l’augmentation de la dotation consacrée au fluvial dans le budget de l’Etat, aux co-financements des projets fluviaux par les collectivités territoriales, notamment la région Hauts-de France, ainsi que par l’Union européenne. Cette dernière a d’ailleurs attribué fin juin 2022 une nouvelle dotation de 276 millions d’euros au réseau fluvial Seine-Escaut, au titre du premier appel à projets du Mécanisme pour l’inter- connexion en Europe (MIE) pour la période 2021-2027 (dont 142 millions pour les projets portés par VNF). Cette dotation s’inscrit dans la poursuite des deux premières subventions accordées pour 2007-2013 (176 M€) et 2014-2020 (539 M€). Elle permet d’accélérer ou de lancer plus rapidement des chantiers sur l’ensemble de la liaison Seine-Escaut. En France, il s’agit de travaux sur les bassins de la Seine et du Nord-Pas-de- Calais, en Wallonie, une mise au gabarit des canaux de Nimy-Blaton-Péronnes et de la Sambre à Franière, en Flandre, la construction de ponts et quais. Sur le réseau à grand gabarit français, il s’agit d’éviter les goulots d’étranglement au Nord et Sud du futur canal Seine-Nord Europe, pour assurer la fluidité du trafic sur l’ensemble de la liaison européenne Seine-Escaut. Ce sont 1100 km de voies à grand gabarit existantes qui sont aménagées par VNF et ses homologues en Flandre et en Wallonie avec des travaux divers pour élargir, approfondir, aménager les itinéraires, mettre à disposition des services.

Seine-Escaut en ligne de mire...

Ainsi, grâce aux investissements élevés en 2022, des chantiers emblématiques se poursuivent ou des opérations nouvelles vont être lancées sur le réseau du Nord-Pas-de-Calais en vue de préparer l’arrivée du canal Seine-Nord Europe, au cœur de la partie française de la liaison européenne Seine-Escaut. Engagée en 2016, la remise en navigation du canal de Condé-Pommeroeul dans le Valenciennois approche de son terme prévue à l’été 2023. D’un montant de 80 mil- lions d’euros, dont 15 % consacrés aux aménagements écologiques et paysagers, elle doit améliorer la connexion entre les réseaux belges, allemands et néerlandais en reliant l’Escaut à la dorsale wallonne au gabarit Va avec un port en lourd jusqu’à 3000 tonnes, réduire la durée globale du parcours (gain d’une demi-journée) tout y en favorisant le développement économique et la création d’emplois. Se poursuit également le recalibrage (approfondissement du chenal de navigation et reprofilage des berges, permettant à des bateaux de plus grandes dimensions et plus lourdement chargés de naviguer) de la Deûle. L’achèvement des dragages et le confortement du pont de Dunkerque mettront un point final à cette opération au premier semestre 2023. Un autre recalibrage en cours est celui de la Lys mitoyenne avec une mise au gabarit 4400 tonnes. Pour la section sous maitrise d’ouvrage de VNF, entre Deûlémont et l’écluse de Comines, le recalibrage des berges, une grande partie des mesures environnementales, dont la passe à poisson de Comines, et la plate-forme de Wambrechies, pour le traitement des sédiments, sont terminés. Le dragage du chenal démarrera au cours de l’hiver 2022 et s’étendra jusqu’en 2025. De son côté, la Wallonie a mis en service la traversée de Comines au début de l’été 2022. La Flandre poursuit de son côté l’aménagement de la section entre Bousbecque et Halluin. Le programme comprend aussi des mesures compensatoires (8 000 m2 de zones humides, passes à poissons). Les travaux sur la Lys mitoyenne dans les deux pays doivent être finalisés d’ici 2027. En complément des travaux sur le linéaire, VNF améliore également la fiabilité et la capacité des écluses. Engagée en mars 2021, la restauration de l’écluse de Denain sur l’Escaut canalisé a ainsi été achevée au cours de l’été 2022. (9,5 millions d’euros). La restau- ration et l’allongement de l’écluse de Quesnoy-sur-Deûle (35 millions d’eu- ros) sont lancés, pour une livraison prévue en 2026. Il s’agit de rallonger une écluse « limitante » du réseau (110 m au lieu de 143 m pour les autres) lèvera un goulet d’étranglement vers la Belgique. Pour les autres ouvrages, les études préliminaires de double- ment des écluses de Fontinettes seront achevées en fin 2022, permettant d’en- gager l’avant-projet en 2023. Enfin, les services aux usagers ne sont pas oubliés : plusieurs études de garages d’écluses et de bassin de virement sont lancées depuis quelques mois et se poursuivront au stade avant-projet dès 2023. Les investissements de VNF visent également à la modernisation du réseau, avec pour objectif une gestion plus efficace, un service amélioré, plus réactif et plus performant, et des conditions de travail plus sûres pour les personnels. Sur le réseau à grand gabarit du Nord- Pas-de-Calais, un réseau de fibre optique est ainsi en cours de déploiement. Il va permettre la mise en place de la téléconduite, c’est-à-dire la centralisation progressive aux centres de Waziers et de Valenciennes des commandes et contrôles des écluses et barrages du réseau à grand gabarit Dunkerque-Escaut (241km, 20 sas) et, demain, des ouvrages du futur canal Seine-Nord Europe (107 km, 6 sas, 1 pont-canal). La mise en service progressive est prévue entre 2023 et 2025.

... Le petit gabarit aussi

La modernisation engagée grâce à cet important programme d’investissement n’oublie pas le réseau à petit gabarit, avec l’automatisation et le réarmement à distance des écluses, c’est-à-dire la capa- cité à les remettre en fonctionnement depuis un poste de commande en cas de difficulté rencontrée par l’usager. Cela nécessite aussi d’adapter les sites éclu- siers pour en améliorer la sécurité (feux, accostage, arrêt d’urgence...). Dans le Nord-Pas-de-Calais, après la mise en ser- vice en 2021 d’un prototype sur l’écluse de Berlaimont (Sambre), l’automatisation et le réarmement des écluses à distance, grâce au déploiement en cours d’une fibre optique, concerneront dès 2023 la Sambre et le canal Sambre à Oise puis le canal de Saint-Quentin et l’Escaut canalisé. Pour le petit gabarit, les perspectives de développement passent, selon VNF, par une relation renouvelée avec les territoires, qui prennent une part directe dans les décisions relatives à l’exploitation du réseau ce qui permet de construire une offre plus attractive et plus souple en termes d’ouverture à la navigation. Il s’agit de permettre aux collectivités territoriales de maximiser les retombées économiques du tourisme fluvial et « fluvestre », qui s’élèvent pour les Hauts-de- France à 48 millions d’euros par an, et que VNF a l’ambition de multiplier par trois. La DT Nord-Pas-de-Calais de VNF a ainsi été l’une des premières à nouer une coopération avec les collectivités de Sambre-Avesnois-Thiérache pour la réouverture du canal de la Sambre à l’Oise (effective depuis juillet 2021) suivie d’une gestion partagée de l’axe Sambre (voir NPI magazine de juin 2021). D’autres itinéraires sont visés dans le bassin, comme la Scarpe inférieure pour engager un développement tou- ristique autour du nautisme et du tourisme « fluvestre », en lien avec les collectivités et forces vives du territoire (création d’un parcours nautique, signalétique des sites...). Il y a aussi la Lys à petit gabarit, qui fait l’objet d’une opération de dragage cette année, ouverte aux partenariats avec les collectivités pour développer là aussi le tourisme et l’offre aux usagers lors de la saison estivale. La transition énergétique et écologique constitue un autre axe de travail de la DT du Nord-Pas-de-Calais qui collabore avec plusieurs partenaires (Norlink, les ports de Dunkerque et Lille, GRDF), pour réfléchir au-delà de l’infrastructure fluviale à l’empreinte écologique de la navigation. Une première phase d’études a permis de réaliser un diagnostic énergétique de cinq bateaux (consommations liées à la propulsion, consommations auxiliaires et consommations de bord) afin de déterminer les besoins énergétiques en fonction du profil de navigation, des marchandises transportées, des caractéristiques de la voie utilisée, etc.

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